Projet d’atelier2019-10-09T11:05:27+00:00

Projet d’atelier.

Qu’enseigner ?

Qu’attendre d’étudiants d’une école du paysage, sinon qu’ils abordent concomitamment quatre champs d’investigation, ceux de la Nature, de l’Usage, du Site, de la Forme?
Se poser la question de la Nature, c’est véhiculer une idée de Nature qui puisse être contemporaine par une écriture végétale personnelle car le projet de paysage ne peut faire l’économie d’une réflexion sur l’idée de Nature. Le paysagiste est médiateur de la société sur le sujet. Même si l’idée de Nature n’est pas forcément à l’origine du projet de paysage, elle ne doit pas en tout état de cause rester inconsciente chez son concepteur. Le végétal est-il seulement un matériau, particulier car vivant, ou peut-il exprimer quelque chose de bien plus fondamental, notre relation à la Nature ? Il s’agit, dans l’élaboration du projet, de percevoir que le projet procède d’une écriture végétale avec ses mots-végétaux, avec sa grammaire combinatoire des différents dispositifs de plantation, avec son style issu d’une palette végétale, fait de textures, d’étagement ou d’épaisseur de végétation.
Se poser la question de l’Usage, c’est faire naître une valeur d’usage. Comprendre que le projet de paysage explore deux dimensions fondamentales de l’espace extérieur pour l’homme, qui sont celle d’être traversé et celle d’être contemplé, est essentiel. Où se tenir ? Par où passer ? La valeur d’usage échappe au concepteur mais il peut et il doit la favoriser en offrant les conditions de son éclosion : il faut préparer le Site pour que des usages puissent advenir.
Se poser la question du Site, c’est révéler le génie du lieu.

Il s’agit d’appréhender comment le projet de paysage, par le nivellement, la perméabilité, les textures du sol, peut le révéler. En somme, faisant du projet, partager un savoir-faire paysagiste, à la recherche d’un savoir-être paysagiste.

Comment enseigner ?

Déroulement de l’atelier – relation au temps.

Il y a le temps de la ‘mise en situation’. Premier acte de l’atelier.
On pressent que la découverte d’un site relève :
– d’une appréhension sensorielle, visuelle, olfactive, sonore, tactile,
– d’une impression émotionnelle, voire sentimentale,
– d’une expérience physique, kinesthésique,
– d’une compréhension intuitive ou réflexive, sur place, sur carte.
Face à une telle complexité, une première MAQUETTE permet l’appropriation du site par la production, assez paradoxale en paysage, d’un objet.
Pourquoi une maquette ?
Elle court-circuite la démarche analytique pure qui est stérile pour le projet.
Elle interroge la limite entre terrain d’intervention et territoire du projet.
Elle permet de comprendre qu’une même idée peut trouver plusieurs expressions formelles : la démonstration en est faite lors d’un atelier de projet par la variété des maquettes produites pour exprimer une intention unique, partagée par plusieurs étudiants.

Il y a le temps de la ‘mise à l’eau’. Deuxième acte de l’atelier.
Il s’agit de la rencontre entre le site et l’intention. L’intention mélange réflexions et intuitions, en une sorte d’équation miraculeuse.
Elle se traduit par une ESQUISSE qui est une ‘abstraction figurative’, alliage étonnant de réalités et de désirs. Il y a concomitance des démarches analytiques et intuitives et le projet sert de ‘moteur’.
Ce moment-clé dans le déroulement du travail de l’étudiant fait l’objet d’une présentation personnelle à l’ensemble de l’atelier.
Il y a le temps de la ‘mise au point’. Troisième acte de l’atelier.
C’est une phase de mesure. Elle s’exprime dans toutes les COUPES, PLANS et CROQUIS du projet. Ces documents interrogent la cohérence dans l’emboîtement des échelles et l’économie des moyens.
Il s’agit d’éprouver la nécessité et le plaisir de l’expérimentation, pour dépasser, amender, revenir à son intuition première parfois, mais enrichie par le cheminement d’une recherche. Il s’agit de vérifier que le projet ne s’arrête jamais, même s’il peut se perdre : la descente dans les échelles est parfois une ‘descente aux enfers du projet’, qui est la perte de l’intention.
Il y aurait le temps de la ‘mise en œuvre’. Quatrième acte de l’atelier.
Elle se développerait en un CHANTIER.
Les questions soulevées et résolues dans les phases précédentes doivent pouvoir y être encore vivantes, le projet de paysage ne visant pas un résultat mais un processus. Dans le cadre d‘un atelier, on pourrait imaginer produire une nouvelle maquette, comme une sorte de chantier miniature, à comparer avec la première réalisée, dans un raccourci plein d’enseignements.
Ces quatre moments impliquent toujours des chevauchements qui sont souhaitables. L’intention peut naître dès la première visite d’un

site et le détail d’exécution peut remettre en cause l’esquisse.

Environnement de l’atelier – relation à l’espace.

Il y a d’abord le rapport au site.
Entre les deux extrémités qui seraient celle d’un projet se concevant sur place – manière Marquis de Girardin à Ermenonville – et celle d’un projet sans déplacement sur place – méthode sixties des espaces verts de grands ensembles – l’étudiant doit imaginer une conduite pour ses allers-retours entre l’atelier et le site.
Il ne faut pas les multiplier avant que ne soit produit le plan d’intentions, car celui-ci contient ses approximations qu’il est inutile de vouloir lever trop tôt.
A contrario, l’expérimentation, dans la phase de mesure, exige des vérifications nombreuses et précises sur place, si riches d’enseignements.
Il y a aussi le rapport à l’atelier.
L’atelier doit rapidement devenir lui-même un site. C’est-à-dire qu’il doit être investi, habité. Chacun des étudiants doit créer son lieu.
Une dématérialisation engendrée par un usage exclusif de l’outil informatique n’y est pas souhaitable. Des documents doivent être produits et affichés, quel que soit leur mode d’élaboration, pour comparer, rapprocher, jauger, discuter, apprécier. Il faut une visibilité de la production pour soi, pour l’atelier, pour l’enseignant.

Pédagogie de l’atelier – relation entre nous.

La qualité de l’observation au service d’un projet, la constitution d’une culture personnelle du paysage, la maîtrise des outils spécifiques du projet paysager, la capacité à inventer et à expérimenter tout au long du processus d’élaboration du projet, sont les sujets d’échange entre enseignants et étudiants, chacun apprenant de l’autre.

BIBLIOGRAPHIE NON EXHAUSTIVE, THEMATISEE ET CHRONOLOGIQUE [PAR DATE DE PREMIERE PARUTION], A L’ATTENTION DES ETUDIANTS.

Ouvrages à propos de l’idée de Nature ou du végétal (dans son évolution):

– Defoe Daniel, Robinson Crusoé, Folio [1719] – Gilpin William, Le paysage de la forêt, Premières Pierres [1808] – Thoreau Henri-David, Walden ou la vie dans les bois, Gallimard [1854] – Simmel Georg, Philosophie du paysage dans Tragédie de la culture, Editions Rivages [1914] – Aragon Louis, Le sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont, Folio [1926] – Ponge Francis, Le parti pris des choses, Gallimard [1942] – Calvino Italo, Le baron perché, Points [1955] – Ritter Joachim, Fonction de l’esthétique dans la société moderne, Les Editions de l’Imprimeur [1962] – Tournier Michel, Vendredi ou les limbes du Pacifique, Folio [1972] – Assunto Rosario, Retour au jardin, Les Editions de l’Imprimeur [1976-1987] – Fukuoka Masanobu, L’agriculture naturelle, Guy Trédaniel Editeur [1985] – Berque Augustin, Le sauvage et l’artifice, les japonais devant la nature, Gallimard [1986] – Ferry Luc, Le nouvel ordre écologique. L’arbre, l’animal et l’homme, Grasset [1992] – Harrison Robert, Forêt. Essai sur l’imaginaire occidental, Flammarion [1992] – Garraud Colette, L’idée de nature dans l’art contemporain, Flammarion [1994] – Kalaora Bernard, La théorie du paysage en France 1974-1994 (dir. A. Roger), Champ Vallon [1995] – Hunt John Dixon, L’art du jardin et son histoire, Editions Odile Jakob [1996] – Roger Alain, Court traité du paysage, Gallimard [1997] – Brown Jane, Le jardin moderne, Actes Sud [2000] – Montero Marta Iris, Burle Marx. Jardins lyriques, Actes Sud [2001] – Dumas Robert, Traité de l’arbre. Essai d’une philosophie occidentale, Actes Sud [2002] – Limido Luisa, L’art des jardins sous le second empire, Champ Vallon [2002] – Hadot Pierre, Le voile d’Isis. Essai sur l’histoire de l’idée de nature, Gallimard [2004] – Mancuso Stefano § Viola Alessandra, L’intelligence des plantes, Albin Michel [2018]

Ouvrages à propos du sentiment d’Usage (dans les dimensions du parcours ou de la contemplation):

– Petrarca Francesco, L’ascension du Mont Ventoux, Milles et une Nuits [1335] – Louis XIV, Manière de montrer les jardins de Versailles, Ed. des Musées nationaux [1689-1705] – Rousseau J.-J., Rêverie du promeneur solitaire. Cinquième promenade, Livre de Poche [1782] – Stevenson Robert-Louis, Voyage avec un âne dans les Cévennes, Union générale d’Editions [1878] – Goethe Johann Wolfgang Von, Le carnaval romain dans Voyage en Italie, Bartillat [1789] – Van Gogh Vincent, Lettres à son frère Théo, Grasset [1873-1890] – Tanizaki Junichirô, Eloge de l’ombre, Publications orientalistes de France [1933] – Capek Karel, Voyage vers le nord, Les Editions du sonneur [1936] – Merleau-Ponty Maurice, Phénoménologie de la perception, Gallimard [1945] – Levi-Strauss Claude, Tristes Tropiques, Pocket [1955] – Arendt Hannah, La condition de l’homme moderne, Pocket [1961] – Ritter Joachim, Fonction de l’esthétique dans la société moderne, Les Editions de l’Imprimeur [1962] – Kahn Louis Isidore, Silence et lumière, Editions du Linteau [1969] – Barthes Roland, L’empire des signes, Points [1970] – Herzog Werner, Le chemin des glaces, Petite Bibliothèque Payot [1974] – Bouvier Nicolas, Journal d’Aran et autres lieux, Bibliothèque Payot [1990] – Augé Marc, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Editions du Seuil [1992] – Sansot Pierre, Jardins publics, Petite Bibliothèque Payot [1993] – Corbin Alain, L’homme dans le paysage, Textuel [2001] – Desportes Marc, Paysages en mouvement, Gallimard [2005] – Collot Michel, Paysage et poésie, du romantisme à nos jours, José Corti [2005] – Keravel Sonia, Passeurs de paysages, (thèse) Ecole des hautes études en sciences sociales [2008]

Ouvrages à propos de l’esprit du Site (ou ‘génie du lieu’):

– Dezallier d’Argenville Joseph, La théorie et la pratique du jardinage, Actes Sud [1709-1747] – Girardin René-Louis De, De la composition des paysages, Champ vallon [1775] – Reclus Elisée, Histoire d’une montagne, Babel [1880] – Reclus Elisée, Histoire d’un ruisseau, Infolio [1880] – Saint-Exupéry Antoine de, Terre des hommes, Folio [1939] – Claudel Paul, Introduction à la peinture hollandaise dans L’œil écoute, Folio [1946] – Rasmussen Steen Eiler, Découvrir l’architecture, Editions du Linteau [1959] – Pouillon Fernand, Les pierres sauvages, Editions du Seuil [1964] – Char René, Présence commune, Gallimard [1978] – Norberg-Schultz Christian, Genius loci. Paysage, ambiance, architecture, Mardaga [1979] – Tiberghien Gilles A., Land art, Editions Carré [1993] – Besse Jean-Marc, Le goût du Monde, Actes Sud / ENSP [2009] – Corajoud Michel, Le paysage, c’est l’endroit ou le ciel et la terre se touchent, Actes Sud [2010]

Ouvrages à propos de l’expression de la Forme (au travers de la question du temps):

– Sereni Emilio, Histoire du paysage rural italien, Julliard [1965] – Pitte Jean-Robert, Histoire des paysages français, Tallandier [1983] – Nitschke Günter, Le jardin japonais, Taschen [1993] – Baridon Michel, Les jardins. Paysagistes, jardiniers, poètes, Robert Laffont [1998] – Jullien François, Du temps. Eléments d’une philosophie du vivre, Grasset [2001]